Parentalité, autorité et thérapie par le jeu

Parentalité, autorité et thérapie par le jeu : Redonner un cadre structurant à l'enfant

    En tant que professionnels de santé, nous observons une mutation profonde du paysage clinique pédiatrique. Alors que la santé mentale des jeunes est devenue une "Grande Cause Nationale" pour 2025 en France, il est crucial d'analyser comment l'évolution de la structure familiale influence l'équilibre psychique de nos jeunes patients, notamment concernant la notion d’autorité.

    Un constat alarmant sur la santé mentale des jeunes

    Depuis les années 60, la souffrance psychologique des enfants et adolescents connaît un accroissement significatif. Les statistiques récentes en France confirment cette tendance : entre 2018 et 2022, la proportion de lycéennes ayant eu des pensées suicidaires est passée de 24% à 31%. Le Haut Conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge (HCFEA) alerte régulièrement sur cette dégradation continue.

    Si les théories classiques voient dans la rébellion adolescente un phénomène normal et structurant, le glissement vers une parentalité centrée exclusivement sur le "bien-être relationnel" pose question. À force de vouloir établir une relation de "copain" avec leur enfant, de nombreux parents délaissent leur fonction de leadership, laissant l'enfant face à un vide normatif source d'angoisse.

    L'autorité : un support de "civilisation" et de sécurité

    Certains théoriciens américains, comme John Rosemond, soulignent que l'absence d'autorité est une perte de repères majeure. Pour Rosemond, l'éducation est avant tout la transmission d'un leadership. S'il défend une vision parfois radicale, son concept d'"addiction à l'attention" résonne avec notre pratique : un enfant qui n'a pas de limites claires finit par être en demande constante d'attention, car il ne se sent pas "contenu".

    Cette idée est étayée par la psychanalyste Claude Halmos. Dans son ouvrage L’autorité expliquée aux parents, elle rappelle, dès 2013, que l'autorité n'est pas un instrument de soumission, mais un "point d'appui" indispensable au développement.

    L'exemple clinique du principe de plaisir :

    Halmos explique qu'un enfant a besoin de renoncer au "principe de plaisir" immédiat pour découvrir d'autres satisfactions.

    Par exemple, un enfant peut vouloir frapper son frère car il est frustré. L'autorité ici n'est pas seulement de dire "non", mais d'imposer la règle pour signifier que les humains ne sont pas des animaux et qu’il ne doivent pas se comporter ainsi. C'est ce cadre qui permet la "civilisation" de l'enfant.

    La thérapie par le jeu : un laboratoire du cadre et de la liberté

    C’est ici que la formation à la thérapie par le jeu prend tout son sens pour le professionnel. Contrairement aux thérapies par la parole, elle offre à l'enfant un espace où le jeu est son langage.

    Mais attention : cette liberté de l'enfant n'est possible que dans un cadre fort et solide. C’est précisément ce cadre délimité qui permet à l'enfant de déployer son imagination et de "jouer" ses problèmes pour les résoudre.

    Concrètement, comment cela se traduit-il?

    En thérapie par le jeu centrée sur l'enfant, nous utilisons un cadre thérapeutique qui reproduit l'autorité structurante dont parlent Halmos et Rosemond, mais dans un environnement sécurisé et non-directif. 

    C'est ici que la médiation par le jeu devient un outil indispensable. Comme l'explique la professeure Anne Brun (psychanalyste et professeur à l’Université Lyon 2), le jeu permet de reprendre le processus inabouti de symbolisation. Il offre une « aire transitionnelle » où l'enfant peut jouer ses angoisses de vide ou de perte sans être submergé.

    Les données cliniques montrent que cette approche permet un changement positif dans plus de 80% des cas.

    Pour les parents, la question est souvent : comment restaurer ce cadre sans entrer dans un conflit frontal avec l'enfant?

    Du côté des parents en mal de repère et de référence pratique, il s’agit alors d’accompagner un repositionnement éducatif à partir d’exemples concrets de leur vie courante, pour leur apprendre à faire autrement, tout en les rassurant sur l’affection que leur porte leur enfant. Le thérapeute d’enfant se positionne clairement alors comme thérapeute de la relation parents-enfants.


    Conclusion : se former pour mieux accompagner

    Face à la montée du mal-être chez les jeunes et au désarroi des parents, nous devons, en tant que thérapeutes, être capables de proposer des outils qui restaurent ce cadre structurant pour les enfants autant que pour les parents.

    Se former à la thérapie par le jeu, c'est apprendre à tenir ce rôle de "contenant" empathique, à décoder le langage symbolique de l'enfant et à lui redonner les clés de sa propre résilience, tout en soutenant la fonction éducative des parents.

    Pour ceux qui souhaitent s'installer en tant que praticien, comprendre cette dynamique entre autorité et liberté est la clé du succès clinique. La thérapie par le jeu n'est pas un simple "moment de détente", c'est une technique rigoureuse qui permet d'aider l'enfant à intégrer la loi sans se sentir aliéné.

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